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Désob à la perte des Racines (Vallée de L’Isbelle)
Charles BERNARD


Dimanche 20 mars 2005


Présent au chalet pour le week-end de l’AG, j’accompagne Stu ce matin pour une balade dans la vallée de l’Isbelle. Il veut particulièrement aller voir et photographier une perte en amont du vallon. Le ruisseau coule bien. En cette veille de printemps il n’est plus en régime de crue mais remplit quand même bien tout son lit. Il a, en tout cas, suffisamment d’eau pour alimenter la perte, objet de notre visite. C’est une petite dépression circulaire de 3/4 mètres de diamètre située en rive droite et coincée entre le ruisseau et la pente du vallon à l’orée d’un petit bois de sapin. Faute de mieux je la nommerai donc la "perte des sapins" L’eau se perd dans les alluvions sans présager la moindre pénétration possible à l’homme.
Retour au chalet par le plateau dans les prairies.


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La perte des sapins


Dimanche 24 avril 2005


Ayant travaillé au chalet la veille toute la journée pour raccorder la cuve de récupération d’eau de pluie, je m’octroi une balade de détente en ce dimanche matin superbement ensoleillé. Je remonte l’Isbelle qui cette fois est à sec en amont de la résurgence. Après avoir fait un détour photographique à la grotte de la Porte Aïve je reviens dans le vallon et m’approche de la perte des Sapins, ce qui me remémore la séance photo avec Stu. Je décide donc d’y retourner pour voir l’aspect de la dépression à l’étiage. Profitant de la sècheresse du ruisseau je descends dans son lit une centaine de mètres avant la perte. En approchant de celle-ci je constate que là il y a encore de l’eau qui coule mais qui rentre sous terre de façon diffuse dans le lit.


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Le ruisseau et la perte diffuse en avant plan

J’examine attentivement cette nouvelle perte et remarque un important point d’enfouissement sur le bord du lit, en rive droite, entre des racines. Cette perte est juste au pied du flanc du talus sur lequel il est impossible de tenir.


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La perte avant dégagement.


Je reste donc dans le ruisseau et me met en équilibre instable un pied sur une racine et l’autre sur un gros bloc dans l’eau. Là j’entends clairement l’eau qui cascade sous terre. Je commence par dégager les lieux de toutes sortes de branchages et autres détritus. Puis je plonge les mains et enlève les cailloux dans ce qu’il me semble être le chemin de l’eau vers les profondeurs et après quelques minutes et quelques dizaines de cailloux en moins, l’eau coule beaucoup plus facilement ! Après avoir perdu un peu de temps à trouver un bois assez solide je l’enfonce dans le trou dégagé, je tape, je tourne, j’enfonce et hop, ça se dégage encore plus ! A ce moment l’eau s’engouffre rapidement en tournant comme dans un évier et c’est quasi toute l’eau du ruisseau qui pénètre alors dans le trou. Mais l’euphorie est de courte durée car le courant entraîne des alluvions qui rebouchent le trou aussi sec. Redégagement, re-coups de bois et ça repart … et ça se rebouche ! Je passe alors un bon moment à bien dégager l’amont immédiat pour essayer d’éviter ce remplissage intempestif.
Cela fait maintenant une bonne heure que je travaille et il est quasi midi. Je décide de retourner au chalet pour manger et prendre quelques outils. Au passage rencontre avec Michel Pauwels et Jacques Petit qui sont venus plonger la résurgence.
Avec les outils (pied-de-biche et pelle américaine) je peux dégager plus sérieusement et c’est finalement l’entièreté du ruisseau qui se jette dans la perte, le peu qui coulait en aval est maintenant complètement à sec. Malheureusement je ne pourrai faire plus car la perte est au milieu des racines qui s’enfoncent également dans le sol et gênent considérablement le dégagement.
J’en reste donc là pour ce dimanche en me disant qu’il faut revenir à plusieurs avec plus de matos.


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La perte le dimanche soir


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L’Isbelle assechée après dégagement


Dimanche 1er mai 2005

Devant de toute façon aller au chalet pour mettre un joint dans la tuyauterie de la cuve, je décide de retourner travailler à la perte. Le temps est superbe, la météo prévoit plus de 25 degrés. Dans la fraîcheur de fond de vallée et les pieds dans l’eau, c’est l’endroit idéal pour supporter cette mini vague de chaleur.
Les lieux n’ont pas changé, tout le ruisseau continue à rentrer dans la perte dégagée. Juste un peu de crasses à la surface de l’eau.
J’entame donc une nouvelle séance d’enlèvement de cailloux mais le bloc qui me servait d’appui la semaine passée me gêne plutôt aujourd’hui. Comme il doit peser dans les 100 kilos, je dois le faire rouler. Pour ce faire je commence à dégager sa base et tout d’un coup il bascule à l’opposé de ce que j’avais prévu … dans la perte. Je râle un grand coup, surtout qu’il a failli m’écraser la main. Mais de l’endroit qu’il occupait et maintenant libéré, j’entends venir un bruit d’eau. J’enlève quelques cailloux et au fond d’un petit trou de 15 cm de diamètre je vois l’eau couler … en sens inverse de la perte, soir vers le milieu du lit du ruisseau ! J’agrandis le trou et très vite tout le ruisseau s’engouffre dedans, l’orifice fait 30-40 cm. Mais comme la semaine passée, de la terre et des petits cailloux sont entraînés et il se rebouche ! A nouveau je passe beaucoup de temps à redégager mais sans guère d’effets. L’eau rentre toujours sous terre mais de manière diffuse dans les alluvions, plus de façon nette. Je ne parviendrai plus à faire mieux. Il y a trois heures que je creuse, il fait chaud, y’en a marre, j’arrête.
C’est promis juré, je ne reviens qu’à plusieurs, avec pelles, pioches, tire fort, gomme …

Les alluvions du ruisseau sont faciles à enlever et on peut les entreposer juste à côté. Donc quelques heures de travail à plusieurs permettront d’y voir plus clair sur ce qu’il y a la dessous et permettre de décider d’entamer un gros chantier ou non.


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La perte le soir du 1er mai.
L’eau pénètre sur la gauche dans les alluvions.



Dimanche 8 mai 2005


Retour à la perte avec André cette fois et donc un peu plus de matos. Malheureusement ce que je craignais est arrivé. Les fortes pluies de la semaine ont remis l’Isbelle en charge et tout son cours est à nouveau parcouru par l’eau ! Arrivé à la perte, fin de matinée, grosse déception : elle est complètement sous eau ! Un examen des lieux nous confirme qu’il n’y aura pas moyen de faire quoi que ce soit, il y a plus de 60 cm de profondeur d’eau juste devant la perte.


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La perte noyée


Mais comme dans tout malheur il y a du bon, je repère un autre point de perte, de l’autre côté des racines, en amont là où on voit de la mousse sur la photo. A examiner donc à l’étiage revenu.


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L’Isbelle à nouveau en hautes eaux

Comme le programme est chamboulé on va voir la perte Moskovskaïa. Là on entend un bruit net de l’eau qui coule sous terre mais on ne voit rien rentrer. En effet cela se passe sous un barrage de bois, branches et détritus divers. Après quelques minutes, tout est dégagé et un véritable torrent pénètre sous terre ! C’est très spectaculaire et cela mériterait aussi une nouvelle désob lorsque les éléments liquides se seront apaisés ! Le débit que l’on a fait rentrer sous terre est tellement important que le niveau de l’Isbelle en aval s’est abaissé de façon très sensible !


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L’eau s’engouffre dans la perte dégagée


Pour ne pas avoir l’impression d’être venu pour rien, on remonte l’Isbelle jusqu’à la limite des calcaires à la recherche d’autres pertes. Malheureusement rien à signaler si ce n’est le bel affleurement de la perte des Strates aussi à examiner en des temps plus cléments.


Dimanche 12 juin 2005

Cette fois on se retrouve à quatre à Hotton : Arlette, André, Pascal et moi.
Malheureusement une grande partie du temps sera perdu à réparer les dégats aux chalet suite au vandalisme constaté la veille par Arlette ! Ce n’est donc que vers 14 h 30 qu’on sera à pied d’œuvre à la perte.


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Aujourd’hui l’Isbelle est complètement à sec ainsi que la résurgence. Au passage on s’arrête à la perte Moskovskaïa. Elle est fort encombrée de toutes sortes de déchets mais sa pénétration semble possible. Aux Racines plus une goutte non plus mais elle est aussi encombrée. Notre première tâche sera donc de la déblayer complètement sur toute sa largeur.


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Quatre gros blocs l’obstruent également et, faute d’éclateur, c’est au tire-fort et à l’huile de bras que trois seront transportés un peu plus loin mais le quatrième, aussi le plus gros, nous fait de la résistance et on le laisse donc là. La tornade blanche ayant fait son œuvre, on s’attaque au point de perte amont, repéré la dernière fois, un mois plus tôt.


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Le déblayage n’est guère aisé car on doit s’insinuer au milieu des racines et André tient absolument à nous faire une démonstration de ses talents de passage d’étroiture en milieu racineux !


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Notre labeur acharné porte ses fruits et ce sont deux (très) étroits départs de galeries qui sont mis à jour mais, toujours à cause des racines, ces boyaux ne sont guère accessibles. Il nous semble que le mieux serait de dégager les alluvions du ruisseau juste devant les racines pour tenter d’avoir un accès plus aisé ! Ce sera pour une prochaine fois car il est déjà tard dans l’après-midi et une longue route nous attend encore.


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Je ne quitte toutefois pas les lieux sans remonter le lit de l’Isbelle pour voir où se situe la perte de ses eaux. C’est au milieu de la coupe à blanc, peu après (dans le sens du courant) la perte des Strates et non loin de la limite des calcaires que je la trouve. Elle est diffuse sur quelques mètres au milieu du lit mais en déblayant les graviers toute l’eau s’engouffrera dans le trou dégagé.


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Je n’en ferai pas plus, je rejoins les autres, on rassemble le matos, une petite demi heure de marche et on rejoint le chalet.
Nous avons donc, enfin, pu dégager un accès possible au réseau souterrain de la perte des Racines mais le temps nous a manqué pour investiguer plus en avant. Une bonne raison d’y revenir très prochainement.


2006, 2007, ... conclusion provisoire :
Malheureusement à chaque crue, la perte des Racines est noyée par l’Isbelle qui y laisse de nombreux dépots. Et à chaque fois tout est à recommencer ou presque ! Donc depuis juin 2005 nous n’avons plus travaillé à cette perte ! Nous y passons de temps à autre et nous ne désespérons pas un jour de nous y remettre ...